« Mais un miel bio, c’est forcément une arnaque ! Tu vas pas aller dire aux abeilles où butiner quand même ! » Vous avez déjà dû entendre votre oncle Jean-Gilles à Noël tenir ce genre de propos. Sauf que Jean-Gilles ne s’est pas vraiment renseigné auprès de la profession (comme d’hab avec Jean-Gilles de toute manière, il est fatiguant).
Avant d’entrer dans les détails d’intrants, il faut savoir que le miel est un des produits les plus fraudés au monde. La principale fraude du miel consiste en l’ajout de sucre exogène. Mais il existe également d’autres types de fraudes, comme la tromperie sur l’origine botanique ou géographique du produit. En 2018, la DGCCRF révèle une fraude sur la commercialisation de 140 000 kg de miel « francisé ». Plus d’info ici.
Dans un rapport publié en 2023, la Commission européenne révèle les résultats d’une opération de contrôle sur les miels en provenance de pays tiers à l’Union. Et le constat est consternant : 80 000 tonnes de « faux miels » sont consommés chaque année en Europe ! Sur les 320 lots de miels testés, 46 % sont considérés comme frauduleux. Des miels adultérés avec des sirops de sucre à base de riz, de blé ou de betterave sucrière. En un mot du miel frauduleux. Plus d’infos ici.
Les tromperies au consommateurs sont également importantes quant à la notion de miel de « producteur ». Avant d’acheter du miel, recherchez toujours la mention « récolté ET mis en pot par l’apiculteur ». Beaucoup de filous rachètent du miel un peu partout puis vendent sur les marchés avec un look d’apiculteur récoltant. Posez leur les bonnes questions.
Et last but not least, c’est quoi un fucking miel bio ? C’est un cahier des charges assez lourd mais dont on peut mettre en lumière l’éthique suivante :
Il est interdit de traiter chimiquement les abeilles contre les maladies et parasites comme le varroa, qui peut conduire à l’effondrement d’une colonie. Le coumaphos, jadis utilisé, est interdit depuis 2008 mais toujours présents dans les cires et dans certains miels sous forme de traces. Plus d’infos. Aujourd’hui, c’est l’amitraze qui est entre autres employée, une molécule toxique qui a des propriétés acaricides et insecticides qui a fait scandale par sa présence dans les oeufs en 2017. Plus d’infos.
La surchauffe du miel pour son extraction et sa mise en pot est interdite. Le miel ne doit pas être manipulé à plus de 40 degrés, ce qui correspond à la température maximum de la ruche. La non-surchauffe du miel permet de conserver les propriétés du miel contrairement à la surchauffe à plus de 60 degrés qui extrait plus de matière mais détruit ses propriétés. La non-surchauffe du miel a pour conséquence le faire cristalliser. La cristallisation est donc un signe de qualité.
Les ruches doivent être situées à plus de 3 km de sources de pollution comme les champs d‘agriculture conventionnelle, les autoroutes et les zones industrielles.
Le mot de Romain Henry, apiculteur bio à Léméré (37): « Être apiculteur bio c’est d’abord agir à son échelle pour bannir la chimie des ruches, plutôt que d’être dans l’attente passive d’un environnement plus favorable et donc de lutter contre la chimie par la chimie. Être en bio, c’est faire en sorte que la main de l’homme ne mette pas de chimie dans la ruche. L’apiculture bio c’est d’abord une culture de changement de pratique, une dynamique de reconquête, plutôt qu’une apiculture fataliste ».
Alors Jean-Gilles ?
