L’élevage de porc est un sujet absolument passionnant. Et comme d’hab, on fait face à un domaine qui comporte un max d’entourloupes.
Pour commencer : le saviez-vous ? En achetant du jambon de Bayonne ou du saucisson corse, vous avez de très fortes chances d’acheter du porc breton ! En effet, 55% des porcs viennent de Bretagne. Le porc est seulement transformé dans la région donnée. Alors exit la confiance envers les labels IGP Bayonne ou bullshit « je suis un saucisson Corse ». On a rien contre les bretons mais on est pas des pigeons non plus. Et si on peut éviter de contribuer à la prolifération des algues vertes en Bretagne liée à l’industrialisation de l’élevage de porc par la même occasion (plus d’infos ici), ça serait pas mal.
Deuxio : 95% des porcs français sont élevés dans des bâtiments fermés sur caillebotis – grilles en métal – qui permettent l’évacuation rapide des déjections animales. Exit donc aussi le label « Porc Français ». On est loin de l’image d’Épinal des pubs Herta. Cette méthode suscite des questions sur le bien-être des animaux et sur l’impact environnemental de ces pratiques intensives. Ce modèle commence d’ailleurs a se développer sur étages. En Chine, on voit même désormais des cochons qui prennent l’ascenseur. Je vous laisse méditer sur le chemin que prend notre civilisation. Plus d’infos ici. Attention, les chinois mangent beaucoup de cochons mais les français aussi ! En 2022, Herta est la marque la plus vendue en France, avec 252 millions d’actes d’achat. Ce sont 69 000 porcs qui passent à l’abattoir chaque jour dans notre pays.
À l’opposé, seuls 3% des porcs français bénéficient d’un élevage en plein air, dans des bâtiments dotés d’un accès à une cour offrant 1,3 m² par porc. Et seulement 1% ont la chance de vivre en extensif, avec un accès libre à un parc extérieur. Dans ces conditions, les porcs retrouvent leur vraie nature, profitant d’un accès illimité à l’extérieur, ce qui contribue à la biodiversité en favorisant la dissémination des graines et larves. A noter : certaines races anciennes, comme le Gascon ou le Kintoa, ne supportent pas l’élevage en bâtiment. C’est pourquoi consommer ces races anciennes sont une garantie d’un élevage plein air en extensif. En Touraine et en Anjou, on retrouve la race Longué notamment. Ces races étaient sur le point de disparaître dans les années 70-80, lors de la rationalisation de l’élevage de porc. La place de la race commune Large White a explosé car elle atteint en 5-6 mois son poids d’abattage de 100 kg, tandis qu’il faut 10 à 12 mois pour les races anciennes. Peu rentables, ces races survivent timidement aujourd’hui grâce à des éleveurs passionnés qui se sont soulevés pour préserver ces races.
Une autre distinction majeure réside dans les pratiques de soins et de traitement des animaux. En agriculture biologique, l’accès à une cour à minima est obligatoire, la coupe des queues et le meulage des dents sont strictement interdits, tandis que ces pratiques sont courantes en élevage conventionnel pour pallier aux dégâts causés par le stress des porcs.
Enfin, une question cruciale concerne l’utilisation des nitrites. Ils ont beau être présents quasiment partout en bio et en conventionnel – lisez toujours la liste des ingrédients – , ces substances suscitent des inquiétudes en raison de leur potentiel cancérigène, favorisant notamment le développement du cancer colorectal, qui constitue le deuxième cancer le plus meurtrier après celui des poumons. Heureusement, le grand public se mobilise aujourd’hui et l’application Yuka, qui proposait aux consommateurs de signer une pétition pour interdire les nitrites, a obtenu gain de cause en 2023 devant la cour d’appel de Paris contre le lobby des charcutiers. Il reste peut-être un peu d’espoir finalement ! Plus d’infos ici.
Pour savoir si tout est vraiment bon dans le cochon, plongez vous dans cette belle lecture d’Erik Orsenna : Cochons. Voyage au pays du vivant.
Merci pour votre lecture 🙂
NB – Petite anecdote finale pour les tourangeaux : les rillettes de Tours IGP de porcs élevés en plein air, ça n’existe pas, personne n’en fait malheureusement.
